BIP Off 2020. 2 + 2 ou l’infini des possibles : Alain JANSSENS & Daniela CORRADINI, Dominique CASTRONOVO & Bernard SECONDINI

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2 + 2 ou l’infini des possibles

A l’Emulation, la programmation de l’année 2020 s’est élaborée autour de la thématique ARBRE, c’est-à-dire des rapports complexes qu’entretient l’être vivant avec son environnement naturel. Pour notre participation à la bipOFF, ce questionnement ontologique s’est élargi à la notion de perception du Temps dans l’Univers, appréhendée via le langage mathématique appliqué à l’image en mouvement.

Deux approches différentes, mais complémentaires, ont été privilégiées. L’une, toute d’intuition, d’observation patiente, d’enchantement, l’autre, « oscillant entre poésie, absurde, dérision et humour » : dans la salle Renaissance sont exposées des photographies d’Alain Janssens, choisies parmi celles qui ont jalonné sa carrière ; elles sont couplées à une sélection d’encres issues du versant artistique de sa compagne, Daniela Corradini, graphiste créative. Dans le ‘hORS pISTE’, place à une expérience multimédia, menée par un second couple, Dominique Castronovo et Bernard Secondini, à partir du film Une seconde d’éternité (1’’, 1970) de Marcel Broothaers, mis en boucle, dans lequel l’insertion de plans noirs de très courte durée, constitués à partir d’une Suite P ne conservant que les chiffres 0 et 1, crée un effet stroboscopique permanent (une fois obtenue, grâce à la technologie numérique, la synchronisation avec le support pellicule).

Les deux premiers cités sont « … en prise, en surprise même, / En campagne, en éveil / Dans la disponibilité de l’ordinaire ». Les deux suivants, immergés « dans un contexte fictionnel et minimaliste », poursuivent ensemble une heuristique, « basée sur un jeu visuel ou un non-sens, convoquant les arts et les sciences, [qui] tend à proposer [une signification] aux choses, malgré la certitude que cette recherche n’aboutira pas ». Les uns oeuvrent à la capture instantanée de l’instant, les autres visent l’instant capturé éternellement par le biais d’une pièce vidéographique durant une journée. Pour la bipOFF, l’addition du travail des quatre protagonistes et la mise en chiasme de leurs explorations respectives permettent d’ouvrir, de façon exponentielle, le champ des points de vue. Tandis que le recours régulier de ces ‘2 + 2’ à l’écriture ou à la fréquentation de textes les accompagnant dans leur pratique professionnelle les conduit, par l’usage maîtrisé des mots et de leur sémantique plurielle, vers une forme de confluence (certes fortuite de la part du quatuor) et de partage souhaité de leurs démarches avec le public.

Pour Alain et Daniela, les investigations buissonnières se font à l’occasion de « promenade[s] sous les arbres », chères au poète Philippe Jaccottet qu’ils apprécient, à « la lumière même du bois », toutes antennes sensorielles déployées. Du côté de Dominique et Bernard, ce serait plutôt en ‘laboratoire’, au sortir d’un « nuage d’idées », à partir d’un constat d’absence, de manque à combler, et via des formules hybrides, en séries, d’hypothèses, de tests, de prototypes qui intègrent une temporalité longue pour la vision complète de leurs pièces, tout en espérant provoquer chez le visiteur un état proche de la contemplation. Ce qui n’est pas sans nous ramener vers la sphère vitale de l’autre couple.

« C’est ici que commence l’éternité », écrit le second duo en exergue de sa notice, « Là où le voir peut encore émerger / Et se ramifier en de profondes (fécondes) résonances », renchérit le premier tandem, ceci quelques jours après la clôture de l’exposition d’Hélène Tilman, intitulée « Ici le temps s’arrête ». C’est un peu comme si émergeait alors, pour l’Emulation et les artistes qu’elle invite, un infini des possibles.  

                                                                                                                                                         

AFL

NB : les citations entre guillemets sont tirées de la documentation fournie par les artistes ; entre crochets, ce sont les ajouts de l’auteure.

 

 

Lieu : Maison Renaissance de l’Emulation, 9, rue Charles Magnette à 4000 Liège.

Dates : du mercredi 14 octobre au samedi 14 novembre 2020. Fermeture le 11 novembre.

Horaire : du mercredi au samedi, de 14 à 18 heures.

Entrée libre.

Infos : soc.emulation@skynet.be; 04 /223 60 19 ; www.emulation-liege.be

 

Légendes des trois visuels.

Alain Janssens, Peau.pelage.paysage_3380-02_Stavelot 070608

Dominique Castronovo et Bernard Secondini, intervention vidéo sur « Une seconde d’éternité (1’’, 1970) de Marcel Broothaers, travail en cours.

Daniela Corradini, sans titre_encre_novembre 2012

 


 

 

 

 


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